À l’approche des renouvellements de fin d’année, le marché des dommages aux biens évolue dans un contexte plus favorable sur certains risques. Mais derrière l’assouplissement des conditions tarifaires, les exigences en matière de qualité, de précision et d’actualisation des données restent élevées.
Quel regard porter sur le marché en cette fin d’année 2026 ? Et comment ces évolutions transforment-elles les besoins des risk managers, courtiers et assureurs ?
Regards croisés de Benoit Cordesse, CEO et de Rodolphe Lemasson, directeur commercial de Senoee.
À quelques mois des renouvellements de fin d’année, quel diagnostic portez-vous sur le marché du dommages aux biens en 2026 ?
Rodolphe Lemasson : Le marché reste particulièrement attentif à la qualité de la valorisation des actifs, même si les conditions tarifaires se sont globalement assouplies depuis le début de l’année.
Cet assouplissement ne s’accompagne pas d’un relâchement des exigences documentaires. Au contraire, puisque les dossiers les mieux renseignés et les plus précisément valorisés restent ceux qui se présentent dans les meilleures conditions lors des renouvellements.
Depuis janvier, nous observons également chez nos clients une demande croissante pour des valorisations plus régulières et plus granulaires, notamment sur les sites à forte intensité capitalistique.
Pour certaines entreprises que nous accompagnons pour la première fois, le travail commence parfois encore plus en amont : définir précisément le périmètre du portefeuille assuré, identifier les implantations, consolider les surfaces et qualifier correctement les activités.
Le marché peut sembler aujourd’hui plus favorable sur certains risques. Cette évolution modifie-t-elle réellement le niveau d’exigence attendu des entreprises ?
Rodolphe Lemasson : Non, et c’est justement un point important à rappeler.
Un marché plus souple sur le plan tarifaire ne réduit pas le niveau de rigueur attendu sur les données transmises. Assureurs et réassureurs continuent d’attendre des valorisations précises, documentées et actualisées.
Considérer qu’un contexte plus favorable permet de différer l’exercice de valorisation serait donc une erreur. C’est même dans ces périodes que les écarts de qualité entre les dossiers peuvent devenir particulièrement visibles.
Cette attention portée à la qualité des données a d’ailleurs été récemment mise en avant par l’ACPR.
Pourquoi la qualité de la donnée est-elle devenue un sujet aussi stratégique dans le pilotage des risques dommages aux biens ?
Benoit Cordesse : Parce que la donnée est devenue la matière première de toute décision en gestion des risques dommages aux biens, qu’il s’agisse de fixer une prime, de calibrer une franchise, ou d’orienter un plan de prévention.
Une donnée erronée ou simplement obsolète fragilise donc l’ensemble des analyses réalisées en aval, qu’elles soient conduites par l’entreprise, son courtier ou son assureur.
Notre conviction est que la donnée technique doit aujourd’hui être considérée comme un véritable actif : elle doit pouvoir être structurée, vérifiée, actualisée et mise au service de l’assurance, de la prévention et de la décision de l’entreprise.
Les entreprises disposent pourtant déjà de nombreux outils, ERP, GMAO ou solutions métiers. Mais nous constatons encore des écarts importants dans la connaissance réelle des portefeuilles : la localisation des actifs, la répartition géographique, les caractéristiques des équipements ou le niveau de détail disponible.
Face à ces évolutions, quelle conviction centrale guide aujourd’hui le positionnement de Senoee ?
Benoit Cordesse : La fiabilité d’une valeur ne peut pas reposer uniquement sur un algorithme.
La technologie permet d’accélérer, de structurer et de normaliser le traitement de l’information. Mais la pertinence d’une valorisation repose toujours sur l’intervention d’un expert capable de comprendre un site, son activité et ses spécificités.
Rodolphe Lemasson : Dans un contexte où les outils d’intelligence artificielle se développent rapidement dans notre secteur, notre conviction est donc claire : l’enjeu n’est pas de remplacer l’expert.
Il est de lui donner les moyens de produire plus efficacement une donnée structurée, normalisée et directement exploitable par l’ensemble de la chaîne assurantielle.
Senoee se situe à la croisée de l’expertise technique, de la donnée et de la technologie. Comment articulez-vous concrètement ces 3 dimensions ?
Benoit Cordesse : Elles sont très clairement indissociables.
L’expert reste au cœur du dispositif en étant sur le terrain et en identifiant les biens, en comprenant les spécificités du site et en validant les valeurs produites.
Les informations collectées sont ensuite structurées selon un référentiel commun et normalisé. Elles deviennent ainsi comparables d’un site à l’autre et d’un secteur à l’autre.
La technologie intervient comme un accélérateur. À travers notre plateforme Assess, elle sécurise la collecte sur le terrain, facilite le traitement des informations et améliore leur restitution auprès de nos clients.
L’objectif est de faire en sorte que la technologie renforce l’expertise.
Quelle place Senoee souhaite-t-elle occuper aux côtés des risk managers, des courtiers et des assureurs ?
Rodolphe Lemasson : Notre rôle n’est pas de nous substituer au risk manager dans son pilotage, au courtier dans son conseil ou à l’assureur dans sa décision de souscription.
Nous cherchons à leur apporter un socle commun : une information factuelle et suffisamment robuste pour permettre à chacun de construire sa propre analyse.
Cette position nous permet de dialoguer avec l’ensemble des acteurs et de contribuer à fluidifier des échanges qui reposent encore trop souvent sur des valeurs issues de sources différentes, établies selon des méthodes hétérogènes ou insuffisamment actualisées.
Quels retours du terrain influencent aujourd’hui le plus fortement l’évolution de vos solutions ?
Rodolphe Lemasson : Deux attentes ressortent particulièrement : la simplicité et la capacité à accéder rapidement à l’information utile.
Pour nos experts, l’objectif est de consacrer davantage de temps à l’analyse du site et moins de temps à la ressaisie ou à la mise en forme des informations collectées.
Du côté de nos clients assureurs et courtiers, les attentes portent davantage sur la lisibilité des restitutions et sur la possibilité de suivre l’évolution des valeurs dans le temps, site par site.
Ces usages sont directement intégrés dans nos priorités de développement.
Comment ces constats se traduisent-ils dans les évolutions actuellement préparées par Senoee ?
Benoit Cordesse : Ils nous ont conduits à repenser en profondeur la manière dont notre plateforme structure et restitue l’information.
Une première brique sera Portfolio. Elle permettra de définir les caractéristiques d’un site selon des référentiels normalisés tout en les adaptant à l’organisation propre de chaque client : financière, opérationnelle ou géographique notamment.
L’objectif est double : maintenir la simplifiction de la collecte et permettre à nos clients de disposer d’une lecture plus structurée de leur portefeuille, de suivre l’évolution des valeurs dans le temps et de mieux articuler les différentes classes de valorisation.
Cette évolution s’accompagne également d’un travail sur nos standards de sécurité et sur l’alignement de nos outils avec les exigences du référentiel ISO 27001.
Que devraient changer concrètement les prochaines évolutions de Senoee pour les différents utilisateurs de la donnée ?
Benoit Cordesse : Pour un risk manager, l’enjeu est d’accéder plus directement à une information fiable et actualisée, sans avoir à la reconstituer auprès de plusieurs interlocuteurs.
Pour un courtier ou un assureur, il s’agit de pouvoir travailler à partir d’informations homogènes, comparables et justifiées entre différents sites ou portefeuilles.
Et pour nos experts, l’objectif est très concret : réduire le temps consacré à la ressaisie et à la mise en forme pour le réinvestir là où leur expertise crée réellement de la valeur, sur le terrain et dans l’analyse.
S’il ne fallait retenir qu’une seule conviction pour préparer la fin de l’année 2026, laquelle souhaiteriez-vous transmettre aux risk managers ?
Benoit Cordesse : Ne pas attendre un sinistre pour découvrir qu’une valeur était devenue obsolète ou qu’une information déterminante était manquante.
Rodolphe Lemasson : À l’approche des renouvellements, le bon réflexe consiste à vérifier que les données sur lesquelles repose le programme d’assurance correspondent encore à la réalité des sites et des actifs aujourd’hui et non à celle d’il y a plusieurs années.
Cette démarche permet d’abord de mieux maîtriser son exposition. Elle permet également d’aborder les échanges avec courtiers et assureurs avec un dossier plus robuste, mieux documenté et plus représentatif de la réalité du risque.
En matière de dommages aux biens, la qualité de la donnée n’est plus seulement un sujet de valorisation. Elle devient une condition du pilotage du risque.